04/07/2007

Ouverture du marché de l'énergie

Depuis le 1er Juillet, le grand public peut changer de fournisseur d'énergie (électricité et gaz).
EDF et GDF vont donc désormais batailler ferme avec des Poweo, Suez/Electrabel, Direct Energie, Altergaz, etc. pour garder leurs clients.
Tout France Télécom a vu débarquer des concurrents sur le fixe : sélection sur la longue distance puis préselection et maintenant sur l'abonnement (dégroupage total et VoIP ou revente de l'abonnement selon les zones).
Mais il y a des différences fondamentales entre le marché des télécommunications et celui de l'énergie.

D'abord en termes de prix. Autant l'ouverture du marché des télécoms était une promesse de baisse de prix, autant on redoute plus une hausse des prix dans l'énergie. Les progrès technologiques qui ont permis une baisse des coûts des communications sont énergivores et expliquent partiellement une tension de plus en plus forte sur le marché de l'énergie, qui tire les prix vers le haut. Or dans un contexte de hausse des prix, un tarif régulé monte a priori moins vite qu'un tarif libre, puisqu'il représente une sorte d'étalon à l'aune duquel se fixent les tarifs libres.

Ensuite, il ne faut pas s'attendre à une rupture technologique : l'émectricité ne va pas changer de nature, le gaz encore moins. Les réseaux de distribution ne vont pas changer. L'innovation va donc se focaliser d'une part sur les moyens de production : les fournisseurs vont pouvoir proposer une énergie plus verte (éoliennes, solaire)... mais aussi plus chère ou alors moins chère mais carrément moins verte (thermique à gaz, à charbon).

Mais là où on va voir une explosion de l'innovation, c'est au niveau tarifaire : Poweo propose dès à présent des forfaits mais ce n'est qu'une première étape vers un véritable "yield management" de l'énergie. En effet, pour rentabiliser une infrastructure énergétique, il faut lisser au maximum la consommation, avec un levier bien plus important que dans les télécoms où l'investissement se concentre sur certains noeuds du réseau et est réalisé de façon très incrémentale, tandis qu'une centrale de production énergétique est en bout de réseau et doit supporter une charge de consommation de plus en plus volatile.

Ce marché qui s'ouvre n'est donc pas aussi prometteur que celui des télécoms et il risque de créer des déceptions tant chez les consommateurs que du côté des autorités. Les premiers seront déçus de subir les hausses à venir, les autres seront navrés par le peu de concurrence qu'arriveront à se faire des acteurs qui resteront longtemps marginaux face à EDF et GDF.

Enfin pour l'anecdote, il risque d'y avoir un effet pervers sur le marché de l'immobilier. En effet si l'occupant d'un logement (imaginons un locataire) quitte le tarif régulé pour le marché concurrentiel, ce logement ne pourra plus jamais bénéficier du tarif régulé. Or s'il apparaît que les tarifs régulés sont finalement plus compétitifs que les prix "libres", le fait que le logement soit "éligible tarifs régulés" sera forcément valorisé (j'entendais dire que ça pourrait réprésenter quelquechose comme 2-300€/an pour une consommation moyenne). Ainsi un locataire peut baisser la valeur de l'appartement qu'il occupe juste en changeant de fournisseur d'électricité ou de gaz... les propriétaires devraient être ravis. Quant aux agences immobilières, elles vont pouvoir ajouter des champs à leurs descriptions de logement "éligible tarfis régulé électricité/gaz".

Alors je ne vais pas défendre les monopoles (surtout pas Microsoft par exemple) mais dans certains cas, ils ont la bonne idée de traire la vache en toute simplicité alors que la concurrence apporte une complexité souvent finalement plus coûteuse pour le commun des mortels (hors les pinailleurs et autres chasseurs de primes)

20/03/2007

Lutter contre le réchauffement climatique... en achetant du pétrole !!!

100ème note publiée sur ce blog, ça se fête ! Avec un thème porteur et un titre pour le moins provocateur, j'espère arriver à donner à cette centième une vraie profondeur.

Seuls les plus sceptiques peuvent avec beaucoup de mauvaise foi refuser l'évidence (bonjour Claude Allègre) : notre consommation d'énergie fossile est en train d'en épuiser les stocks et de provoquer une intensification de l'effet de serre (forçage radiatif) et donc du réchauffement climatique, un dérèglement dont il est de plus en plus évident qu'il nous sera peu favorable en moyenne. [fin des quasi-certitudes, début de ma réflexion]

Pour cesser de foncer droit dans le mur, il faut diminuer drastiquement notre consommation d'énergies fossiles. Pour cela, l'expérience prouve que les consommateurs ne réagissent correctement qu'à une variable : le prix. Il faut donc relever le prix des énergies fossiles pour inciter les consommateurs à diminuer leur consommation et les entrepreneurs à proposer des aletrnatives. Des alternatives énergétiques (nucléaires, pile à combustible, énergies renouvelables, etc.) mais également des alternatives dans nos modes de consommation (pas de sur-emballage, des produits réparables, remplir les avions, les trains etc.).

Comment relever le prix ? Nicolas Hulot et sa bande proposent la mise en place d'une taxe carbone. Je suis très favorable à une telle mesure, mais elle a un gros défaut : elle n'a d'effet que dans les pays où elle est mise en place. Or avant d'arriver à instaurer une telle taxe dans une part suffisante des pays, de l'eau aura coulé sous les ponts et surtout de l'essence aura brûlé dans les carburateurs (ou plutôt les pistons, une flamme dans le carburateur n'est pas bon signe...).

Une autre façon de relever le prix des énergies fossiles et notamment des hydrocarbures pourrait consister à jouer sur le mécanisme de l'offre et de la demande. L'offre est régulièrement mise à mal par le terrorisme et l'instalbilité des pays producteurs et répond tant bien que mal à la demande, ce qui est à l'origine de la forte hausse du baril ces derniers mois. A moins de verser dans l'illégalité, il n'est pas évident d'agir sur l'offre pour un français moyen (exception faite de quelques personnes chez Total).

En revanche la demande est plus accessible, puisque nous autres français sommes des gros consommateurs. Or si on augmente la demande, comme l'offre est contrainte, les prix vont mécaniquement augmenter. Good !

Sauf qu'augmenter la demande ne doit pas signifier consommer plus, sans quoi le caractère vertueux de l'augmentation de prix n'est plus valable. Il faut donc acheter du pétrole sans le brûler !!!

Qu'en faire ?  Le stocker bien entendu ! Pourquoi stocker ? Pour que les générations futures puissent elles aussi utiliser du pétrole, là où ce dernier est réllement indispensable, irremplaçable. On pourrait même raisonnablement s'endetter pour cela : le pétrole étant promis à une raréfaction puis disparition, les cours vont monter sensiblement : le stock constitué vaudra alors largement l'emprunt majoré du produit des intérêts. Le mieux serait même de ne pas extraire puis stocker le pétrole, mais tout simplement le laisser là où il se trouve.

Augmenter la demande reviendrait alors à payer (subventionner) des producteurs pour qu'ils arrêtent d'extraire, qu'ils diminuent leur production. Un peu comme quand on fait arracher des vignes aux viticulteurs, en quelque sorte.

Seule faille de ce raisonnement ? Il faut avoir les moyens nécessaires pour financer ce "stockage massif" de pétrole.

Deux solutions :

- soit c'est directement l'état qui s'y colle et finance par la dette publique (déjà lourde mais encore largement supportable), sachant qu'il s'agit d'un investissement. Il est raisonnable d'espérer que l'Europe se joigne alorsà la France dans ce mouvement car pour avoir un impact, la capacité d'endettement des français ne suffira que quelques années avant de franchir des seuils critiques de non-solvabilité. Si plusieurs acteurs entrent en jeu, il faut savoir réguler l'opportunisme (quelqu'un qui vendrait ses stocks après une flambée des cours)

- soit procéder à des achats d'options, ce qui permet de profiter d'un fort effet de levier. Reste que pour avoir un effet à court terme et sur la durée, cette solutiion repose sur la solidité et le sérieux des marchés financiers... qui restent à prouver. Car les vendeurs d'options doivent normalement couvrir leurs "ventes à terme" avec un "stock" qui est malheureusement trop souvent virtuel (couverture par d'autres options...), si bien qu'une bulle pourrait se former et éclater quand les premiers contrats arriveraient à échéance... solution plus simple donc mais dont l'efficacité est risquée.

 

Je m'arrête là car je sens bien que cette note n'est pas vraiment à la hauteur car j'ai l'impression :

  • de ne pas être très clair, ce qui prouve que mon raisonnement a sans doute quelques failles.
  • de jouer à la science fiction : personne n'a la volonté de s'engager dans un tel processus : il faut des moyens financiers, risquer gros pour... sauver la planète et un bénéfice complémentaire incertain

Or sauver la planète n'est pas un gain assez évident pour les financiers et des hommes de pouvoir... A moins d'un sursaut écologique.

J'espère tout de même avoir lancé une idée qui va faire son chemin et qui apportera peut-être quelquechose au débat ?

à suivre ! 

16/02/2007

Salon des énergies renouvelables

medium_logo_RVB_1_.gifLe salon a lieu à Eurexpo encore aujourd'hui et demain.

Site web : ici.

J'y suis allé faire un tour hier et je trouve que c'est une visite très enrichissante, où l'on peut récupérer énormément d'informations sur le secteur des énergies renouvelables.

Je trouve que les panneaux solaires sont omniprésents, sans doute parce que c'est l'énergie renouvelables la plus accessible aux particuliers, dans la mesure où les panneaux s'intègrent bien aux batiments (sur les toits, vs un mat pour les éoliennes) et que les particuliers peuvent beaucoup plus facilement dire s'il y a régulièrement du soleil vs régulièrement du vent suffisant pour faire tourner une éolienne.

On voit aussi pas mal de granules de bois (et les chaudières qui vont avec) et des pompes à chaleur, ces dernières n'ayant pas l'air très écologiques de par leur aspect, alors que leur rendement est généralement excellent. Le seul problème que je vois, c'est que si tout le monde se met à pomper les calories des lacs ou nappes phréatiques, le "stock" (aaarghhh mon prof de thermodynamique va me couper la tête) de calories va rapidement s'épuiser (pour me récoucilier avec mon prof de thermo : la température du pseudo-isotherme va baisser et le rendement de la pompe à chaleur va baisser de même...). Deuxième remarque : les pompes à chaleur sont souvent mises en avant de par leur "reversibilité" et leur capacité à servir de climatisation l'été : Ok, c'est bien mais si on continue à tirer sur les climatisations, on va avoir du mal à diminuer notre consommation énergétique... 

Je signale au passage que le salon est couplé avec d'autres, sur le confort climatique, le batiment durable ou encore le bois, intéressants également. 

27/11/2006

Une prise de conscience encore incomplète

Je suis surpris d'une phrase, lue dans un livre consacré aux gestes écologiques indispensables pour arrêter d'épuiser les ressources notre planète (Planète attitude, les gestes écologiques au quotidien) :

"on estime que si tous les chinois possédaient une voiture, il faudrait doubler la production actuelle de pétrole" 

Ainsi même les gens qui ont soi-disant compris qu'il faut arrêter de tirer sur la corde tombent encore dans le panneau !

Il n'est pas POSSIBLE de doubler la production de pétrole !

D'une part ce ne serait pas raisonnable car cela accroîtrait la pollution, les émissions de CO2 et nous rapprocherait de la pénurie pétrolière...

MAIS SURTOUT la production pétrolière a déjà dépassé son maximum (le fameux "oil peak") dans la plupart des champs pétroliers de par le monde. Les producteurs de pétrole ne sont pas capables d'accroître le rythme de production (je viens de finir La face cachée du pétrole, livre-enquête sur la trouble géopolitique du pétrole).

Personnellement, je prône l'action en faveur des économies de matières premières, dont l'énergie. En ce sens Planète attitude est intéressant.

Mais je regrette qu'il véhicule ce type d'idées fausses. Sans le vouloir certes, mais il est déjà assez difficile de faire comprendre aux gens que la situation doit être prise avec sérieux, pour ne pas envoyer des messages subliminaux contradictoires, particulièrement dans des ouvrages qui se veulent spécialisés dans le domaine de l'écologie... (le livre est édité sous le label WWF)

09/11/2006

Etiquette énergie

medium_07112006614.3.jpg

Cette étiquette est celle d'un Hummer, le célèbre 4x4 américain qui s'arrache (s'arrachait ?) comme icône de la réussite sociale.

Quand on voit la consommation du bébé, on se dit que c'est plutôt le symbole de la bêtise et de la nocivité des egos surdimensionnés...

Sans compter que ce type de véhicule est tellement difficile à garer que le propriétaire doit tourner des heures pour se garer (d'où du carburant dépensé inutilement). Ou alors, et ça cadre mieux avec la personnalité des acheteurs d'énormes4x4, se gare n'importe où, gênant la circulation et favorisant les embouteillages qui sont les cérémonies modernes où l'homme sacrifie tous les matins ses quelques litres de carburant en l'honneur du dieu de la liberté de circuler (ou pas) où bon lui semble (mais surtout sur son trajet domicile-travail)...

Les mentalités changent petit à petit et je m'en réjouis, mais l'instinct Gaulois des certains Français les pousse à vouloir résister coûte que coûte en brûlant un maximum de potion magique dans leurs moteurs toujours plus efficaces mais voués à pousser des chars toujours plus gros et lourds...

Allez, vive le vélo, la marche à pied et les smarts garées à 90°

Source : le site de l'ADEME est définitivement un "must see", un peu fouillis mais plein d'informations passionnantes

Notamment :

  • comment lire et comprendre la fiche ci-dessus : ici (PDF, 1Mo)
  • un petit guide pour polluer moins dans ses déplacements : (PDF, 816Ko)

19/07/2006

Préparer la fin du pétrole

Excellente émission ce matin : "Tout s'explique" sur France Inter, invité : Jean-Marc Jancovici, thème : la fin programmée du pétrole (écoutable 24h à l'adresse suivante : ici)

Pour résumer rapidement : les réserves de pétrole, connues ou inconnues, sont limitées. Or si la consommation continue à croître, il y aura forcément un moment où le pétrole manquera. Pire, même si la croissance de la consommation est mise à zéro, le pétrole manquera un jour ou l'autre.

Il faut donc agir pour réduire notre dépendance au pétrole.

Première solution : trouver des substituts. Ceci est possible mais les substituts n'ont pas que des avantages : le charbon pollue plus, le nucléaire n'est pertinent que pour l'électricité, les énergies renouvelables ne sont pas capables d'assurer une part suffisante de nos besoins énergétiques. Jancovici critique beaucoup les éoliennes, disant qu'elles ne représentent actuellement que 0.05% de la consommation énergétique mondiale. Les éoliennes ne permettront donc pas de régler le problème et il faut se concentrer sur les vraies solutions.

Seconde solution : réduire notre consommation énergétique. Ici Jancovici préconise de taxer le patrole avec une croissance de la taxe plus rapide que la croissance du pouvoir d'achat. A la limite plus personnes ne consomme de pétrole, plus rare et plus cher que l'or.

Je pense que la forme du discours de Jancovici perd beaucoup des auditeurs, tant il manie des références économiques et mathématiques. Néanmoins, je suis à peu près d'accord avec lui :

  • à force de nous déplacer en voiture, remplacer tous les matériaux par des dérivés du pétrole (plastiques, etc.), on va réussir à épuiser les réserves, en libérant trop de CO2 au passage (ce que je me demande, c'est si le pire est de ne plus avoir de pétrole pour continuer notre mode de vie actuel ou si le pire est de brûler tant de patrole que la planète de mette à dérailler sérieusement).
  • peu de personnes sont conscientes du problème (il faut dire que ça fait des années qu'on nous promet la fin du pétrole, du coup plus personne n'y croit ou du moins personne n'est conscient que c'est maintenant qu'il faut s'occuper du problème)
  • personne n'est capable de s'auto-réguler (comme les fumeurs qui savent qu'ils augmentent leurs risques de cancer du poumon, mais qui préfèrent plaisir immédiat au risque lointain dans le temps)

Notre salut passe donc par la régulation par le haut, avec une forte incitation à réduire notre consommation : par le prix !!!

Sinon, comme le dit Jancovici, l'espèce survivra, mais avec beaucoup de casse : une grosse partie de l'humanité risque de disparaître, et ce sera la fin d'une civilisation. Ne pourra survivre qu'une civilisation qui saura vivre en consommant nettement moins d'énergie...

Le parallèle avec le tabac est frappant : même si on s'arrête maintenant (ie on réduit notre consommation), on est dans la m... mais si on ne s'arrête pas maintenant, on ne fait qu'empirer la situation...

Tout ça me conforte dans ma position : même s'il fait une chaleur caniculaire ces derniers jours, je préfère souffrir un peu que de consommer de l'énergie à faire tourner la climatisation (appareil dont je ne dispose d'ailleurs pas, mais le raisonnement est le même pour un ventilateur). Le plus intelligent est encore de créer des courants d'airs qui se font naturellement, et une bonne idée serait de concevoir les habitations de sorte qu'elles permettent de s'auto-rafraîchir en été.

Mais ce n'est qu'une initiative individuelle alors que, je le répète, le problème doit être traité à l'échelle de la planète (même pas seulement de la France)

Avis aux bonnes volontés ! 

 

Pour aller plus loin, le bouquin de Jancovici et son complice, que je vais sans doute acheter : "Le plein, s'il vous plaît ! : la solution au problème de l'énergie", aux éditions du Seuil